En route pour l'inconnu

Yogui autour du monde

Manali, au bout de la route

Ambiance musicale : Gold – Chet Faker

Au début du mois d’octobre, certaines routes ferment dans cette partie de l’Inde, et ce pour sept à huit mois. C’est bien sûr le relief qui est en cause, les pentes aux degrés incroyables mêlées à l’absence de végétation sont un terrain très propice aux glissements de terrains et autres avalanches quand les premières précipitations frappent.

Notre exploration des environs de Leh ayant plus que rempli nos attentes, et cette période étant quasiment dépassée, nous nous sommes mis en mouvement pour rejoindre Manali, dans l’état de l’Himachal Pradesh.

La route reliant les deux villes figure parmi les plus beaux itinéraires de montagne : plus de quatre cent cinquante kilomètres au programme, d’asphalte ou de piste, avec le passage de pas moins de quatre cols à plus de quatre mille neuf cents mètres d’altitude… Des chiffres à donner le tournis !

Comme nous étions plusieurs à vouloir emprunter la route, nous avons loué les services d’une jeep, juste pour nous six. Cela devait être rentable pour le chauffeur : la voiture ne comprenait que quatre sièges véritables, et deux petites banquettes à l’arrière, dans le coffre, au milieu desquels nous allions devoir trouver une place pour les sacs.

Après avoir utilisé l’intégralité de l’espace disponible, s’être livré à quelques contorsions et s’être promis d’alterner pour partager la rudesse des conditions de voyage, nous avons finalement démarré, avec l’espoir de faire le trajet en un jour. Nos yeux étaient grands ouverts.

Nous avons commencé par des lacets au milieu d’un environnement inquiétant, sombre, où la route se frayait un chemin au milieu des amas de cailloux. Quelques cimes enneigées alimentaient l’illusion d’une vie possible ici, grâce à l’eau. Mais le col de Taglang, lui aussi supposé deuxième plus haute route carrossable du monde, n’était que l’un des sommets de ce désert.

 

Les paysages ont ensuite changé pour laisser apparaitre les restes d’un lac salé et quelques éléments de végétation, ravagés par une exposition au soleil sans merci. Puis ils se sont encore métamorphosés, avec de grands plateaux et des canyons, entourés de rochers en équilibre précaire.

 

Après avoir navigué au milieu d’un passage fortement resserré, et donc inquiétant, nous avons retrouvé les grands espaces poussiéreux et quasiment sans limites. Et cela confortait le chauffeur dans le choix de raccourcis audacieux, où nous avions l’impression de nous embarquer pour notre dernier grand saut à chaque fois.

 

Des centaines de lacets après le passage du col Lachlung, nous avons fini par rejoindre le lit de la rivière Tsarap, oasis turquoise. L’invasion progressive de l’ombre nous donnait une indication implacable : le temps passait à grande vitesse. Même si nous avions passé les postes-frontière des états, il nous restait encore un chemin considérable.

 

La nuit a fini par nous rattraper et nous avons tout juste eu le temps de passer le col Baralacha, au milieu des neiges, avant que l’obscurité ne nous emporte pour de bon. C’est alors un spectacle incroyable auquel nous avons assisté pendant plus de deux heures, où la lumière de nos phares était concurrencée par le plafond d’étoiles et le lever de la lune.

 

Darcha semblait l’endroit parfait pour s’arrêter manger. Une grande tente d’une pièce faisait office de dhaba et de dortoir, et la maitresse de maison accueillait tous ceux qui souhaitaient se restaurer et passer la nuit, à n’importe quelle heure.

Ce fut logiquement notre escale pour le repos également, les paysages n’étant plus visibles alors qu’ils représentaient le principal intérêt du chemin. Ils n’avaient cessé de changer tout au long de la journée, que ce soit les couleurs ou les formes, pour notre plus grand plaisir.

D’épaisses couvertures et un alignement parfait de notre part allaient déjouer le froid si intrusif à cette altitude. Un copieux thali devait nous remplir le ventre, quand le spectacle stellaire allait s’occuper de nos yeux.

 

Nous sommes repartis le lendemain avec une retrouvaille bienvenue : la végétation. Nous nous étions habitués à ces paysages désertiques, sans artifices, mais cette verdure faisait du bien à voir. Le soleil s’engouffrait entre les sommets et réanimait la vallée. Après le passage du dernier et réputé imprévisible col, celui du Rohtang, c’est carrément des forêts de pins et de bouleaux qui recouvraient les versants des montagnes.

 

Finalement arrivés, nous avons pu profiter de Manali, et plus précisément de la Vieille Manali. Perchée à deux mille mètres de haut, au milieu de la verdure, cette bourgade cultivait une atmosphère très décontractée, que ce soit avec les nombreux cafés, des petits endroits favoris pour manger, ou les plants de marijuana que l’on pouvait facilement trouver aux alentours et à partir desquels les locaux produisait du charas.

D’ailleurs, un nombre certain de personnes ne s’y trompaient pas et venaient y passer du temps, à l’abri de toute contrainte. Le coin était également sur le parcours de nombreux Israéliens prenant un bol d’air après leur long service militaire.

Poussés par notre grand nombre de globules rouges amassés en altitude, nous avons tenté de rejoindre les prairies de Lama Dugh. Cela s’est avéré un échec la première fois, puisque nous n’avions pas du tout commencé du bon endroit. Après des heures de crapahutage, et devant l’absence manifeste de chemin, nous avons dû faire demi-tour et rentrer au milieu d’une végétation luxuriante.

 

Nous avons fini la journée du côté de Vashisht, connu pour ses bains publics alimentés par les sources d’eau chaude. La chance a fait que nous nous sommes retrouvés à la fin d’un festival dédié à Rama, où une procession ramenait la divinité dans son temple, depuis la base de la colline.

 

En y assistant, nous avons pu goûter la préparation distribuée à la fin à toutes les personnes présentes, sans égard à la provenance des gens, comme un gage de l’hospitalité hindoue. Pour conclure, nous avons testé les bains à l’eau bouillante, dans un rite bien familier des locaux. L’eau bouillante était à la limite du supportable mais bienfaitrice pour les jambes.

 

Le lendemain, c’est à la lumière de nouvelles informations que nous avons atteint notre objectif. La très belle randonnée nous a offert un point de vue panoramique magnifique, au milieu des prairies parcourues par les nombreuses brebis.

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  1. Ça envoie du lourd dis-donc ! Bravo continue bien !

  2. Guy

    Salut, nous suivons toujours ton beau voyage et encore merci pour ces beaux paysages ,bonne continuation et a bientôt pour la suite. Gérard et Martine

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