Ambiance musicale : She moves – Alle Farben

C’est en pleine nuit qu’a commencé mon trajet pour Hsipaw, à onze heures de train de Mandalay. Contrairement à mon expérience précédente, les wagons se sont mis en branle à quatre heures précises et sont arrivés rigoureusement à l’heure prévue, dans cette ville de l’Etat Shan.

Cette fois aussi, j’ai voyagé en « classe supérieure », sans avoir de couchette pour autant. Le train était littéralement exposé aux quatre vents, les fenêtres et les portes étant grandes ouvertes. C’était singulier de pouvoir apercevoir la locomotive depuis son siège, entre les mouvements de balancier des portes de voitures.

 

 

Pendant tout l’itinéraire, ce sont des paysages ruraux qui défilaient, des rizières, des maisons sur pilotis. La végétation venait lécher le train et les feuilles qui dépassaient trop se voyaient coupées au passage.

 

Les arrêts aux nombreuses stations donnaient l’occasion d’assister à toute sorte de scènes, quotidiennes ou plus surprenantes, comme des vendeuses qui montaient dans le train pour distribuer de l’ananas ou du thé, ou des personnes de la maintenance qui sont passées avec une machine à moteur thermique pour pulvériser du désinfectant dans les toilettes.

Le train servant aussi au transport de quelques marchandises, des arrêts plus longs permettaient le chargement et déchargement des denrées. Ce n’est qu’après le signal de la fin de la livraison que le conducteur redémarrait.

 

Sur le chemin, nous avons traversé le viaduc Gokteik, impressionnant pont ferroviaire de plus de cent mètres de haut, le plus long que connaisse la Birmanie (six cent quatre-vingt-huit mètres). Tout le monde a plus ou moins retenu son souffle lors de son franchissement, la structure métallique laissant échapper quelques bruits suspects malgré notre vitesse très limitée.

 

Aussitôt arrivé, j’ai réservé mon trek pour le lendemain, comprenant deux jours et une nuit dans un village Palaung, l’une des ethnies de l’Etat. Ma petite visite de la ville s’est soldée par la colline du coucher de soleil, qui laissait apparaitre un joli panorama sur la ville.

 

Une fois l’équipe rassemblée, nous nous sommes mis en route. Nous portions haut les couleurs de l’Europe, avec deux Espagnols, deux Néerlandais, un Anglais, une Allemande et moi-même.

Le chemin, boueux, ne présentait pas de difficultés particulières, hormis les aspérités naturelles de ces collines et le terrain glissant, que les motos conjuraient en étant équipées de chaînes. Celles-ci venaient plutôt de la chaleur et de l’humidité. Les paysages changeaient au fur et à mesure que nous progressions : des rizières, du maïs, des cacahuètes, encore du maïs, puis des plants de thé. Le guide nous expliqua que bien que l’ethnie cultivait principalement ces derniers, c’est le maïs qui rapportait le plus à ses propriétaires.

 

Après une petite quinzaine de kilomètres, nous sommes arrivés à Pankam où nous allions passer la nuit chez l’habitant. Ici, nous avons adopté « kommsa » et « rockmaï » pour dire bonjour et merci, les gens ne parlant pas forcément le birman, ou même la langue shan.

La pièce à vivre comprenait des espaces pour s’asseoir par terre, une table pour manger, des places pour dormir et un foyer de feu de bois, pour la cuisson et le chauffage.

 

Une pause m’a permis d’aller explorer un peu le village et, bien sûr, rencontrer quelques habitants. La communication étant impossible, c’est avec des signes ou des pseudo-tours de magie que j’attirais l’attention des enfants présents. L’écran de l’appareil photo faisait le reste. L’un deux paraissait rompu à l’exercice puisqu’à ma grande surprise, je l’ai vu commencer à faire des autoportraits.

 

Avant le dîner, nous sommes allés voir les plants de thé de plus près et on nous a expliqué la méthode pour le conserver. Ici, les feuilles sont ramassées, puis passées à la vapeur pendant cinq minutes et séchées. Ainsi, elles fermentent très peu (cela reste du thé vert) et sont envoyées directement sur les marchés, pour pouvoir réaliser les salades aux feuilles de thé (lahpet), spécialité de l’Etat Shan dans laquelle elles côtoient diverses graines et cacahuètes grillées.

 

Le lendemain, deux moments forts allaient rythmer la matinée : le don des offrandes et la visite de l’école.

Pour le premier, il a fallu se lever aux aurores, cette célébration ayant lieu à partir de six heures du matin. C’est comme si tout le village venait apporter fleurs, fruits, légumes, nourriture au temple et se retrouvait quotidiennement, avant de lancer sa journée de labeur, dans les champs pour la plupart. Un moment convivial, où les discussions et les sourires étaient nombreux.

 

Quant à l’école, on a vite compris qu’on était loin de nos standards occidentaux, que ce soit pour la tenue du cours ou les méthodes pédagogiques. Quatre niveaux de classe (ceux obligatoires et gratuits) étaient réunis dans une même salle et le niveau de maternelle était rassemblé au fond.

L’apprentissage est axé sur le birman et l’anglais, et passe par la répétition bruyante de chacune des lettres composant un mot. Dans la configuration linguistique d’ici, il est parfois difficile de se faire comprendre, même pour les enseignants. Par exemple, l’un d’eux peut parler le birman et le shan, mais pas le palaung (qui est pourtant la langue de base à la maison, pour ces enfants).

La directrice m’expliqua qu’elle devait parfois faire appel à l’une ou l’autre de ses enseignantes, ou même son fils, pour pouvoir gérer certains conflits dans la cour.

 

 

Avec ces belles images et rencontres en tête, nous sommes redescendus de notre colline et avons terminé près d’une cascade avec une soupe de nouilles shan, préparée avec des nouilles de riz gluant et délicatement épicée.