En route pour l'inconnu

Yogui autour du monde

L’île d’Olkhon et le lac Baïkal, véritable perle de la Sibérie

Ambiance cinématographique : Dans les forêts de Sibérie – Safy Nebbou

Irkoutsk est l’antichambre des excursions vers le Lac Baïkal, une espèce de salle d’attente poussiéreuse où l’excitation et l’impatience montent à mesure que le temps d’arrêt s’étend.

C’est une ville-étape très importante où une grande majorité des touristes transsibériens s’arrêtent, pour pouvoir aller admirer et toucher ce qui promet d’être une expérience haute en couleurs.

Cette petite « Paris de la Sibérie », comme le département marketing de la ville voudrait qu’on l’appelle, a la particularité d’abriter de nombreuses maisons en bois foncé, où des fenêtres blanches comme des cierges viennent éclairer les façades.

C’est aussi ici que mes papilles ont commencé à frémir face à la gastronomie sibérienne avec, en premier lieu, les pelmenis, raviolis farcis de viande présentés dans leur bouillon et saupoudrés d’aneth et les posys, boules de pâte bouillies renfermant de la viande, cousines des premières, en provenance de la Bouriatie.

 

Mais aussi goûteux que soient ces derniers, ils ne pouvaient me détourner de mon but premier.

Me voilà donc en route pour l’île d’Olkhon, et plus précisément le village de Khoujir, situé sur son bord ouest. J’ai partagé la route avec de nombreux Chinois, que quelques jours de congés dédiés aux morts ont mis sur les chemins des destinations proches de Pékin, Irkoutsk étant à 3 heures d’avion.

Le minibus nous a donc emmené jusqu’aux Portes d’Olkhon, situées au sud de l’île, là où la distance avec le continent est la plus faible et peut facilement se faire à pied. La saison du printemps ayant commencé, c’est en aéroglisseur que nous avons effectué cette courte traversée : sur un coussin d’air en appui sur un sol de glace voué à disparaître. Je ne sais pas dire si ce choix fut dicté par une mesure de sécurité ou par l’appel des roubles, mais comme c’était la première fois pour moi, elle n’eut pas de prix.

 

Arrivé à l’endroit du logement (et Maps.me est formel), je constate avec perplexité que la guesthouse réservée est fermée et ne doit ouvrir qu’à partir de l’été… L’accueil se résume à une température fraiche et 3 enfants courant dans la « rue » (les termes « allée de sable » convenant sans doute mieux) après le chat.

La situation, bien qu’inconfortable dans un premier temps, a trouvé un dénouement heureux. Après avoir alpagué le livreur d’eau venu ravitailler un riverain (ce qui me fait penser que l’eau courante n’est pas une réalité ici, d’autant que l’électricité n’est arrivée qu’en 2005), une chaine de solidarité s’est mise en place : l’appel de la voisine, suivi de l’appel à une amie, à qui il restait de la place pour m’accueillir. J’ai donc grimpé dans le 4×4 pour rejoindre la paisible auberge d’Olga, où tout est redevenu d’une simplicité enfantine, et avec un bien meilleur plan. Le voyageur adepte des bonnes surprises qui est en moi a frissonné, ainsi que mon estomac, tant la maitresse de maison mettait du cœur à l’ouvrage pour les repas !

 

Il est temps maintenant d’attaquer le plat de résistance : le lac Baïkal. Cette énorme étendue d’eau cumule les superlatifs géographiques (lac le plus profond du monde, plus grande réserve d’eau douce mondiale, avec plus de matière que tous les Grands Lacs américains réunis…) et s’étend à perte de vue, avec une largeur de plus de soixante km et une longueur de plus de six cents km.

Les bords nord-ouest de l’île d’Olkhon offrent de nombreux points de vue, et sont accessibles par voie de routes sur glace à cette époque. J’ai donc embarqué, toujours avec mes camarades asiatiques, à bord d’un microbus typique d’ici, sorte d’engin léger, surélevé et passe-partout qu’aucune difficulté autochtone ne semble compromettre.

 

Je n’ai pu m’empêcher de retenir mon souffle quand nos quatre roues se sont retrouvées en dehors de la terre ferme. La raison est en proie à des dilemmes permanents : s’il y a bien cinquante centimètres de glace, ce véhicule n’est manifestement pas fait pour flotter. Si les traces de passage précédentes montrent qu’il existe de véritables routes, qu’en est-il du soleil de printemps qui pourrait aujourd’hui venir à bout de ce réseau éphémère ? Et que dire des sens, qui sont en alerte danger à chaque bruit suspect, à chaque faille inquiétante, à chaque chevauchement de plaques… Tout ira bien, inch’Allah

Le spectacle est saisissant, comme l’a été le froid de l’hiver pour arriver à figer tout l’environnement. L’eau est transformée en différentes couches de glace qui s’additionnent, et quelques bulles d’air s’y sont retrouvées prisonnières, venant ainsi en troubler la pureté. C’est bien d’une pause dont il s’agit, et non d’un état définitif. D’ailleurs, le lac vit toujours, comme en témoignent les crevasses, les enchevêtrements de rocs ou même l’omoul, à partir duquel sera élaborée la soupe du jour, préparée au feu de bois sur glace.

 

Le cap Khoboy nous a offert la vision du bout du monde, ouvrant le lac et permettant d’apercevoir les 2 rives.

 

De retour à Khoujir, je me suis rendu au rocher Bourkhan (Shamanka), lieu mythique des croyances chamaniques locales et un de leurs neufs endroits sacrés d’Asie. La légende veut que le roi des shamans, Han-Khute baabay, soit descendu du paradis pour venir juger le peuple (les histoires se ressemblent, les noms changent…) et se soit installé dans la grotte de ce rocher. Ainsi, un Grand Esprit se reposerait tranquillement et en paix.

Le lieu, en plus d’être magnifique, est donc imprégné d’une grande spiritualité. Il est ici recommandé ou rappelé de

 » 1/ vivre en harmonie avec Mère Nature, la protéger, parce que c’est le Grand Pouvoir qui permet notre existence et celle de nos descendants.

2/ connaître nos ancêtres et les honorer, puisqu’ils nous apportent toujours le support et la sagesse.

3/ se calmer, rendre son esprit paisible, permettre à toutes les idées et tous les sentiments agités de disparaitre, rejeter la vanité, jeter un œil dans les profondeurs de la conscience.

4/ ne pas souiller les endroits saints avec de malins mots, actions ou pensées. Seulement essayer de rayonner avec de l’amour, de la joie, de la gratitude, ou rester paisible. Se souvenir que, d’une part, tout ce qu’une personne apporte dans un lieu avec de grandes forces naturelles devient plus fort et, d’autre part, que les mauvaises actions dans les lieux saints entrainent des conséquences négatives.

5/ se souvenir de la première règle. »

Tout semble dit.

 

 

Le lendemain matin, avant de reprendre le bus et de faire la rencontre de Rasul, jeune architecte très curieux et parlant anglais, avec qui on a discuté aussi bien de cognac, de Rimbaud que de krassivaya devouchkas, j’ai voulu admirer de nouveau cette merveille de la nature, cette perle, avec le soleil dans l’angle et quelques chiens pour compagnons.

Comme le tour de la veille, cette balade me coupa le souffle, par sa beauté et son calme mais aussi par ce sentiment d’incertitude pas vraiment corroboré. C’est une chose de savoir que l’épaisseur de la glace est suffisante pour supporter des minibus, mais est-ce le cas partout, et pour combien de temps ? Ces deux heures ne m’auront pas permis de le mettre en doute, sans m’en donner pour autant la certitude. En revanche, en cas d’occasion spéciale, je pourrai maintenant affirmer que mes yeux sont de la couleur de l’eau glacée du Baïkal…

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  1. Vero

    Captivant , envoutant et magique …presque ..je marchais en ta compagnie sur la glace et je degustais les pelmenis..les photos sont très réussies . J’attends avec plaisir les prochains articles

    • Cet endroit exerce une réelle magie. Associée aux petites dégustations et à la spiritualité chamanique, ça devient assez fou ! Content que ça te plaise, et à très vite sur d’autres terrains ! 😃

  2. Mick

    Encore une fois superbe et en effet les photos sont très bien!
    Vivement la suite!

  3. Maud Hébert

    Merci de nous faire si bien partager tes aventures !
    À vite pour la suite j’espère 😉

  4. Had

    Super les photos !

  5. Cédric

    Sur les bons conseils de Céline, j’ai pris récemment l’habitude de venir te lire, j’appréhende un peu car je n’ai plus rien à lire, j’avais gardé le Lac Baïkal pour la fin !
    Porte toi bien et continue à nous faire voyager par tes publications et tes photos. Cédric

    • Hehe ! Belle habitude que tu as prise… 😃
      L’Internet en Chine m’a un peu coupé dans mon élan de publication (et aussi parce que j’ai été très peu posé) mais rassure-toi, d’autres articles sont à venir ! 😉

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