En route pour l'inconnu

Yogui autour du monde

Le Transsibérien, de Moscou à Irkoutsk sur les rails

Ambiance musicale : Irkutsk – Thylacine

C’est un long périple qui m’attendait là, le tracé entre les 2 villes faisant apparaitre 4 600 km au compteur. Quand on sait que la ligne principale du Transsibérien (Moscou – Vladivostok) fait 9 288 km, on réalise que je n’en aurai parcouru « que » la moitié.

C’est avec une certaine excitation que j’ai grimpé à bord de mon premier train. Pour moi, cette ligne était source de beaucoup d’imaginaire avec ses dimensions, son mode d’acheminement, sa vie à bord…

Ici, la première chose à faire a été de se mettre à l’aise. Les 25°C de la cabine étaient très accueillants, et comme j’allais y passer des heures, voire des jours et des nuits, autant laisser les chaussures sous le siège. Tout le monde adopte une tenue (très) confortable, et prend son quartier numéroté. Le voyage en plazkart crée une ambiance assez unique, du fait de la promiscuité : c’est un logis où les 50 locataires co-habitent sur 2 étages superposés, et partagent des moments basiques de vie humaine, 24 heures sur 24. Au gré des arrêts, certaines têtes disparaissaient et d’autres les remplaçaient.

La provodnitsa passait rapidement après les départs, pour s’assurer que chacun avait trouvé sa place, qu’il n’y avait pas de problème de couchette, et pour délivrer le kit draps/serviette. Et chacun s’exécutait et installait rapidement son lit.

Quand la plupart des stations où nous nous sommes arrêtés proposaient de quoi manger ou boire dans le train (avec un samovar fumant et ravitaillant tout le wagon), le tout premier arrêt m’a laissé un souvenir impérissable, avec la vente « à la porte » de peluches, d’ensembles d’assiettes, de services à thé, de vases, ou même de lustres…

 

Le premier trajet m’a emmené jusqu’à Iékaterinbourg. Cette ville, au-delà d’être la capitale de l’Oural, a été la témoin de l’assassinat des Romanov (dont le dernier tsar Nicolas II) par les bolchéviques et de l’ascension d’une figure locale, Boris Eltsine, jusqu’à la fonction suprême, en devenant le premier président élu de la Fédération de Russie.

C’est aussi ici que j’aurai vu les premières personnes littéralement marcher sur l’eau, en traversant l’étang local glacé…

 

Si le premier trajet a été plutôt calme, le deuxième a été l’occasion de beaucoup échanger avec une bande de lycéens, de retour d’une visite de Kazan (capitale du Tatarstan) et en route vers leur ville, Novossibirsk.

Après la rencontre sur le quai de deux d’entre eux me demandant quelque chose ( ? ), et une réponse sibylline de ma part (ya ne ponimayu, ya frantsuz), nous venions de déclencher l’envie d’en savoir plus. Le rendez-vous était fixé dans mon wagon et c’est à cinq qu’ils sont venus squatter, et toutes les questions ont pu trouver réponse.

Eugène (Zhénia) faisait le délicat travail de traduction anglais-russe, pendant que les autres soufflaient les réponses ou les prochaines interrogations. Cela a aussi été l’occasion d’enrichir le petit lexique russe que j’entretiens depuis le début.

Lors de ce trajet, la pureté du paysage m’a impressionné, ne laissant à découvrir que de la steppe à perte de vue, dans un grand monochrome enneigé.

 

Novossibirsk est la capitale de la Sibérie et la troisième ville de Russie. Une particularité mondiale a aiguisé mon intérêt : il y a ici un zoo avec beaucoup de fauves, et les biologistes ont réussi la prouesse scientifique (ou le mariage contre nature, c’est selon) de réaliser le croisement entre une femelle tigre et un mâle lion, pour obtenir un ligre. Sur le terrain, ça donne un gros corps de lion, légèrement rayé comme le tigre (mais marron clair), surmonté d’une tête tachetée de tigre, sans crinière.

 

Le 3ème trajet a démarré de nuit, et sur les chapeaux de roues. Partis à l’abordage d’un bar quelque peu clandestin, speakeasy bien-nommé Nobody knows, avec Kirill, le propriétaire de l’auberge et son ami, les cocktails ont défilé, dans une ambiance hipster où les barmen sont toujours partants pour un selfie Instagram avec le français de passage. Mais l’heure tournait…

Après avoir parcouru les deux kilomètres qui me séparaient de la gare au pas de course, et sans sentir ni le froid ni le poids des sacs, traversé la gare et trouvé le quai 6 qui n’était pas indiqué mais sur la base d’indications en russe subitement parfaitement compréhensible, j’ai pu embarquer tout haletant. Les vérifications ont paru durer une éternité à ceux qui étaient derrière moi, encore plus sur le fil, quand la provodnitsa a eu du mal à trouver mon prénom sur le billet…

La journée suivante s’est passée dans une bien plus grande détente. C’est cette fois Google Translate qui a joué un grand rôle, que ce soit avec l’arrière-grand-mère venant de Chita ou la mère et son enfant d’Oulan-Oude. La bonne humeur a régné avec Dasha et toute son équipe de gymnastique. Je crois que le fait qu’elle ait pu me dire quelques mots en français, récemment appris à l’école, a largement compensé le résultat moyen de leur compétition…

 

Cette expérience transsibérienne représente pour moi la quintessence du voyage : le rythme léger, l’échange au gré des rencontres et les étapes accomplies. S’il y a une destination indiquée sur le billet, c’est aussi et surtout le chemin parcouru entre le départ et l’arrivée qui rend le moment spécial.

Ainsi, à Irkoutsk, comme à chaque descente de train, j’étais chamboulé par le mal de terre, comme si le bercement paisible des wagons était devenu ma nouvelle norme…

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  1. Mick

    Superbe! Tu me fais voyager !

  2. Estève

    Génial ! Bravo d’avoir osé, c’est super toutes ces rencontres 🙂

    • Merci ! Jusqu’à présent (et je ne pense pas que ça changera), je ne peux que me féliciter de cette décision !

  3. Estelle

    Super récit Lolo ! Dépaysant. Et tu me fais découvrir des villes que je ne connaissais même pas de noms !

  4. DS

    YEAH LOLO !!!!!
    Merci pour le retour sur place ! Ca doit être vraiment magique toutes ces choses qui se passent dans ta tête pendant ce voyage !
    Pour te faire un feed-back Français. Nous, nous sommes en pleine campagne présidentielle et c’est beaucoup moins fun !
    Biz

    • C’est assez magique en effet, c’est le mot. Tout se déroule d’une belle façon.
      Je n’en oublie pas pour autant l’actualité française, ne t’inquiète pas! Mais je n’ai pas réussi à éclipser le passage de Marine Le Pen à Moscou… 🙂
      Le prochain article devrait te plaire : reste connecté !

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