Ambiance cinématographique : Les poupées russes – Cédric Klapisch

J’arrive dans la capitale avec beaucoup plus d’images en tête que lors de la précédente ville. Reste alors à aller parcourir la cité, sans se laisser penser qu’on la connait déjà.

La Place Rouge a été mon premier terrain d’exploration. Lieu de défilés militaires, patriotiques ou encore idéologiques, elle est située à l’extérieur du Kremlin, et un des côtés de cette enceinte la longe. Elle accueille la Cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux qui lui donne une grande partie de sa renommée, avec ses formes et couleurs très particulières, tout droit issues de l’art orthodoxe. Un régal pour les yeux.

Le mélange des genres m’a sauté aux yeux : d’un côté, les icônes religieuses enfermées dans l’église, et de l’autre, les icônes de la consommation, rassemblées dans un grand centre commercial à quelques pas, sur la place même.

Le Kremlin (forteresse) est, quant à lui, entièrement fermé (comme son nom l’indique). En plus d’être le siège du gouvernement de la Fédération de Russie, dans le Grand Palais, il rassemble plusieurs cathédrales, dont celles de :

  • l’Annonciation : église privée des grands princes et tsars de Russie, destinée aux cérémonies à caractère familial
  • la Dormition : cathédrale principale de l’Etat russe, nécropole des patriarches moscovites
  • l’Archange : nécropole des princes de Moscou et des premiers tsars de Russie

Les gardes présents veillent et ne laissent personne s’échapper des chemins de visite.

 

La cathédrale du Christ-Sauveur est venue apporter son dernier lot d’icônes, ce qui permettra de me sevrer pendant un bon moment.

 

Un des grands avantages de Moscou est que pour le prix d’un ticket de métro, on ne prend pas seulement le métro, on le visite. C’est un énorme musée où l’on passe d’une salle à une autre grâce aux wagons. Cette toute l’histoire de la Russie qui se dessine sur les murs, ou qui est racontée par des statues et des éclairages très travaillés. S’il est d’usage de passer du temps dans les transports en commun (la ville est très étendue, avec une superficie de 2 500 km², Paris n’en faisant « qu’une centaine » et Lyon une cinquantaine), il y a sans doute pire environnement visuel…

 

Au fil de mes pérégrinations, j’ai voulu voir comment les Moscovites profitaient de leur dimanche après-midi. Chemin faisant, je me suis retrouvé sur la Place Pouchkine, près de la grande rue Tverskaya .

Et apparemment, ils étaient nombreux à se rassembler, jeunes, appareils photo à la main, comme pour filmer l’Histoire. Les nombreuses personnes portant un brassard m’indiquaient qu’il s’agissait de quelque chose d’organisé, sans savoir réellement de quoi il retournait. Et l’imposante présence policière, avec un hélicoptère au-dessus de nos têtes, m’a laissé deviner qu’il ne fallait pas forcément rester dans le coin.

J’appris, en rentrant à l’auberge, que des dizaines de manifestations contre la corruption avaient eu lieu dans le pays, ce jour, et que celle de Moscou avait vu l’arrestation d’Alexeï Navalny et de centaines d’autres manifestants. Il est l’un des principaux opposants actuels au régime et critique l’enrichissement personnel de nombreuses personnalités au pouvoir, Medvedev et Poutine en premier lieu, en l’échange de quelques grâces oligarchiques. Il semble que l’opposition et les courants alternatifs bénéficient de peu de visibilité, avec un président qui privilégie l’ordre (r)établi depuis les années 2000.

 

J’ai retrouvé une atmosphère plus sereine au parc Gorki, où la population vient profiter de grands espaces et, pour une partie, éprouver sa technique sur roues de toutes tailles.

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