En route pour l'inconnu

Yogui autour du monde

San Pedro de Atacama, au milieu du désert

Ambiance musicale : Excuses – Broken Back

Je n’ai pas vraiment envisagé l’option de l’autostop pour ma prochaine destination. Pour parcourir les quelques mille cent cinquante kilomètres qui me séparaient de San Pedro de Atacama, dans la région d’Antofagasta, rien ne valait la douceur et le bercement d’un siège cama en bus de nuit.

Et, par ailleurs, on m’avait prévenu lors de la once : j’allais m’aventurer vers le désert, et ces mots avaient une signification véritable. Le désert d’Atacama est en effet connu pour être la région la plus aride sur Terre.

Même si nous étions sur la route Panaméricaine, ce sont bien des panneaux de la Ruta del desierto qui défilaient. Les paysages ne donnaient que quelques cactus comme détails à observer, et les hasards de l’aménagement du territoire faisaient qu’on traversait une voie de fer de temps en temps, seule, naufragée au milieu de cet océan de sécheresse.

Le coucher de soleil fut, une fois de plus, très théâtral, avec une lumière basse qui ne semblait jamais vouloir disparaitre derrière l’horizon. Puis ce fut la règne de la nuit, jusqu’à notre arrivée à Calama, ville minière à l’écart de laquelle on trouve la mine de Chuquicamata, plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde. Cette zone est un des poumons de l’économie chilienne, avec ses nombreuses matières premières à extraire, dont le pétrole, qui représente ici un tiers des exports nationaux.

Après avoir arrangé la dernière portion du trajet dans un autre bus, nous sommes arrivés au petit matin, dans cette oasis au milieu du désert, poussiéreuse à souhait, aux murs ocre et aux routes se prolongeant en pistes.

Les agences avaient pignon sur rue et proposaient toutes d’emmener les touristes dans les environs, qu’il s’agisse de geysers, de lagunes ou de désert de sel. J’avais plutôt dans l’idée de m’éloigner de ces tours organisés, de ces groupes fraichement descendus de l’avion et de le faire par moi-même.

Une fois installé dans mon auberge, où j’ai croisé des Argentines de l’auberge de Valparaiso au départ pour Uyuni, j’ai rapidement visité le village puis pris la direction du Nord, vers Catarpe. Cette vallée fertile hébergeait déjà la communauté indigène bien avant que les Incas ne débarquent au XVème siècle et conquièrent la zone.

Aujourd’hui, il s’agit d’un lieu archéologique comprenant le Tunnel (ancienne voie rurale reliant Calama), la Quebrada de Chulakao (Gorge du Diable) et le Tambo, forteresse stratégique pré-inca, qui domine la rivière San Pedro.

De retour, je me suis arrêté à la pucará de Quitor, autre forteresse de défense de la route et enceinte d’habitation. Elle offrait un superbe belvédère sur la vallée en dessous, que l’imaginaire collectif assimile à la surface de la planète Mars.

Arrivé en haut, j’avais le souffle coupé, que ce soit par les paysages ou les deux mille cinq cents mètres d’altitude. Il fallait aussi que je m’hydrate : le soleil avait été plus qu’intense et la chaleur de l’air séchait véritablement la gorge.

Le soir, au détour d’une discussion en préparant le repas, j’ai appris l’existence de deux lagunes dans lesquelles il était possible de se baigner. J’avais donc mon programme du lendemain.

J’ai pris la direction des lagunes Cejar et Piedra avec toute l’eau nécessaire, pour être sûr de ne pas en manquer. La piste était belle, je me sentais un peu seul au monde, il n’y avait aucun autre bruit que les secousses du vélo sur les aspérités de la route.

Avec une telle teneur en sel, la flottaison était assurée. C’était la première fois que je me baignais dans de telles conditions et je dois avouer que cela m’a beaucoup amusé. Il était bien sûr hors de question de mettre la tête sous l’eau, les yeux pouvant souffrir de l’opération. Il suffisait de voir la couche saline se former en sortant de l’eau pour en prendre bien conscience.

En parcourant ma carte, j’ai remarqué deux autres attractions un peu plus loin, avec les Ojos del Salar et la lagune Tebinquinche, faisant partie du secteur Nord du salar d’Atacama. Je me devais d’aller voir cela… Je savais que j’aurai l’occasion de découvrir plus tard ce genre d’écosystème, avec celui d’Uyuni, mais je ne pouvais attendre, j’étais trop impatient !

Une étendue de sel et une mince surface d’eau… C’était donc cela ! Ici, la faune et la flore étaient réduites à leur plus simple expression, bien que des bactéries millénaires arrivaient à vivre dans ces eaux. Quelques touffes d’herbe arrivaient péniblement à pousser.

Au fond, la cordillère des Andes et ses volcans culminant à plus de cinq mille cinq cents mètres d’altitude nous servaient de décor, comme s’il était nécessaire d’amplifier la beauté certaine de ces photos bleutées. Le Licancabur était facilement reconnaissable, avec son élégante posture et sa cime enneigée.

J’ai eu les trente-cinq kilomètres du retour, d’une traite sur ma monture, pour revivre cette magnifique journée de premières fois. A part quelques excursions, qui me regardaient d’ailleurs avec un mélange d’interrogation et d’admiration, je n’ai croisé personne : tout cela m’était offert en exclusivité.

Le soir, après un diner bien mérité, j’ai retrouvé mes camarades Rafa et Vero de La Serena, qui souhaitaient ardemment voir le lever de soleil le lendemain dans la Vallée de la Lune. Leur enthousiasme tranchait quelque peu avec mon calme, résultat d’une journée bien consommée.

J’ai décidé de laisser la réflexion se faire pendant que nous nous éloignions du centre pour crapahuter sur une colline et observer les étoiles. Ici, comme à Vicuña, d’imposants télescopes scrutaient le ciel. Cette fois-ci, je pouvais tenter de le capturer, dans un instantané photographique.

Cinq heures nous séparaient du réveil, au moment de favoriser une option, mais cette possibilité de choix était en fait un leurre, une illusion. Je préférais bien sûr m’inscrire dans ce coup fomenté par mes nouveaux partenaires que d’aller visiter, le lendemain, la Lune en solitaire.

Nous sommes donc partis de nuit, dans un San Pedro endormi et avons passé les barrières du parc avant même qu’un garde ait eu la possibilité de s’y poster. Les étoiles étaient toujours là, et nous étions chaudement habillés, la nuit offrant un contraste sévère avec la journée.

Le Valle de la Luna a été déclaré sanctuaire naturel et fait partie de la réserve nationale Los Flamencos. Le sol, formé de canyons, de crêtes acérées et de dunes de sable, est le résultat de milliers d’années d’érosion par l’eau et le vent. Sans aucune humidité, aucune flore ou faune n’y a élu domicile, si ce n’est un lézard.

Une fois positionnés au cœur de la vallée, il ne nous restait plus qu’à attendre et admirer le spectacle de la nature. Il fut quasiment mystique. D’abord, ce fut un halo de lumière sur l’un des volcans, puis les cimes se sont progressivement embrasées. Enfin, la clarté a illuminé tout le panorama.

Nous avons ensuite déroulé la visite complète des lieux, allant jusqu’aux Tres Marias, puis rebroussant chemin pour passer par les mine et caverne de sel, les dunes de sable et autres gorges aux cristaux abrasifs.

Ce jour, sous un soleil toujours agressif, m’a rempli de joie et a séché toute mon énergie. En fin de journée, je suis allé observer à la gare routière quelles étaient mes options pour la suite du voyage. Comme un coup du destin, sachant que j’allais bientôt quitter le Chili, j’ai trouvé un stand de mote con huesillos et me suis offert cette rafraichissante boisson nationale à base de blé cuit et de pêche séchée.

La dernière soirée s’est passée autour d’un repas cuisiné à l’auberge. Nous nous sommes échangés de bonnes astuces entre personnes qui venaient du Nord et celles arrivant du Sud. Il semblait clair que l’Argentine me tendait les bras. Pour autant, je ne savais pas quelle destination adopter. Je verrai bien… Les billets de bus avaient tous la même valeur et la destination était seulement utile pour le passage de frontière.

Le bus a démarré au petit matin. Alors que je me remémorais tout mon périple chilien et en étais absolument émerveillé, l’extérieur semblait vouloir me mettre le coup de grâce visuel. A mesure que nous roulions, nous nous rapprochions du conique Licancabur et il était d’autant plus impressionnant de près, avec un peu de végétation.

La route zigzaguait entre les sommets parfois enneigés et les rares réserves d’eau, et quelques fumeroles laissaient imaginer une activité géothermique intense. La lagune Aguas Calientes portait bien son nom, et je ne pouvais décrocher mon regard de la fenêtre.

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  1. Estève

    Je veux y aller MAINTENANT !

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