Ambiance musicale : Twenty One Pilots – Ride

Après ce premier contact citadin avec l’île du Nord, j’ai repris la route dans l’intention d’en voir plus. Comme toujours, une capitale n’est pas représentative d’un pays, et ce dernier ne saurait s’y réduire.

Dans ma volonté de faire de l’auto-stop, le train a été d’une grande aide pour m’extirper de Wellington. Les grandes villes sont en effet des lieux de passage important mais il peut s’avérer compliqué d’en sortir, et la confiance y est souvent plus réduite, ne facilitant pas la chose.

Après avoir débarqué dans la périphérie et tranquillement déjeuné à l’ombre, je me suis mis en position pour être ramassé. Au bout de quelques minutes, une personne légèrement âgée et installée à une table, en train de manger une glace, m’a interpellé.

Après quelques bribes de conversation, il m’a indiqué qu’il pouvait m’emmener jusqu’à Otaki, où il vivait des jours paisibles, à la retraite après avoir été géologue, et divorcé de son ex-femme maorie. Nous nous sommes mis en route et le monsieur s’est avéré très ouvert, très alternatif et très acquis à la cause maorie.

Après m’avoir expliqué que la finance était morte, parlé de théories de développement et enseigné comment prononcer les nombreux mots maoris commençant par « Wh », il a absolument tenu à m’emmener à la fête du cinéma maori qui devait commencer ces jours.

L’idée paraissait intéressante, et bien qu’il n’y avait en fait pas beaucoup plus de choses à voir que les prémisses du village du festival qui devait avoir lieu dans quelques semaines, et quelques bandes-annonces, l’occasion a eu le mérite de m’ouvrir au sujet des maoris et des indigènes d’une façon plus générale, le festival ne se limitant pas aux seuls natifs nationaux.

 

A écouter mon conducteur, il fallait absolument que je reste à Otaki, que je renie le peu de plans que j’avais pour être là au démarrage du rassemblement et que j’achète le gilet à capuche de l’évènement. Sa fougue desservait un peu l’intérêt qui commençait à naitre en moi : je devais me faire ma propre idée, creuser le sujet et pas seulement arborer les couleurs d’une cause incomprise.

Nous nous sommes finalement séparés et j’ai repris la route. En ce jour de Waitangi, fête nationale célébrant le traité du même nom, conclu entre les chefs tribaux locaux et la Couronne britannique pour faire de la Nouvelle-Zélande une colonie, les voitures ne pouvaient manquer.

Deux jeunes, profitant du jour férié pour revenir de Wellington, m’ont emmené jusqu’à Whanganui. Leur soif de voyage se lisait dans leur longue liste de questions et l’échange a été très riche. Ils m’ont quasiment donné l’impression d’être expérimenté en ce domaine et de leur avoir glissé quelques pistes de réflexion ou d’exploration.

Ce sont ensuite deux voitures qui se suivaient qui ont ramassé un autre auto-stoppeur et moi, chacun dans une voiture. Gregory était le premier maori à qui j’allais parler. En discutant, je me suis rendu compte que si les choses allaient globalement bien en Nouvelle-Zélande, certains sujets n’étaient pas totalement réglés.

Leur récence historique et la douleur engendrée ne pouvaient s’effacer en un claquement de doigts. Certaines inégalités pouvaient choquer, et du ressentiment pouvait naître de part et d’autre.

Déposés au milieu de la campagne, Ashley et moi avons entamé notre dernier tronçon. Je pensais timidement aller à New Plymouth, et voir ce que je ferais le jour d’après. Mais un programme plus intéressant se dessinait ici, avec un arrêt à Stratford et la possible ascension du volcan Taranaki le lendemain.

Après une confirmation matinale du plan et une préparation plus qu’expresse pour se rendre au lieu de rendez-vous, une amie d’Ashley, du temps où il travaillait dans le coin, nous a emmenés jusqu’à l’un des débuts de la randonnée. Nous formions une joyeuse bande, Ashley, ses deux amis et moi, en plus du couple faisant du stop pour s’y rendre.

Le Taranaki est connu pour ses modalités difficiles, que ce soit sa pente ou ses changements très rapides de conditions météorologiques. Les gardes du parc mettent d’ailleurs en garde sur le sujet, quelques décès ayant été constatés par le passé.

Nous avons en effet été servis : alors que nous venions de quitter la base du cône, pleine de végétation, nous nous sommes confrontés à une inclinaison démoniaque, sentiment renforcé par le terrain sablonneux, où chaque mètre gagné était ensuite à moitié perdu sous l’effet de la gravité.

Le temps s’est également considérablement dégradé, alors qu’il était beau dans la matinée. Un froid intense s’est emparé de nous, allié à une humidité totale dans les nuages. L’atteinte du sommet s’est même faite dans la neige.

 

Néanmoins, nous ne cachions pas notre plaisir. L’ascension s’était avérée difficile, Ashley et ses amis l’avaient tant de fois observé sans jamais se lancer et la réussite collective rendait le moment spécial.

 

Sur place, nous avons croisé quelques personnes, dont ces gens relativement âgés, membres du club alpin local, et l’un d’eux qui avait vaincu sept cent soixante-trois fois le Mont Egmont. Pas question de parler du Taranaki pour cette petite troupe… Sujet définitivement non réglé.

Nous avons tous eu une impression bizarre face à ses récits, que ce soit cette obsession excentrique de vouloir atteindre le sommet (qui représentait plus ou moins deux ans de vie, à raison d’une ascension par jour) ou ce rejet catégorique de l’utilisation du nom maori, pourtant reconnu sans ambages.

 

Après avoir constaté qu’il ne serait pas possible d’avoir une vue dégagée, nous avons redescendu le volcan par un autre chemin et été récupérés par l’amie d’Ashley, avant de rentrer à Stratford. Un repas conséquent et une bonne nuit en tente ont permis de retrouver les forces abandonnées durant cette longue journée et ces mille six cents mètres de dénivelé avalés.

 

Le lendemain, c’est avec un grand beau temps que la montagne isolée se dévoilait, splendide, et nous narguant par la même occasion. Pour autant, il n’était dans aucun esprit d’y retourner de si tôt…