Ambiance musicale : No echo – Jabberwocky

C’est sans avoir essayé le Fergburger, malgré les quelques recommandations unanimes, mais sans regrets non plus, que j’ai quitté Queenstown. Difficile de séparer le bon grain de l’ivraie, dans un endroit où le seul objectif des enseignes reste la consommation du flot continu de touristes étrangers et où l’un des opérateurs téléphoniques promeut ses forfaits à leur destination en mettant en doute le fait qu’un évènement ait seulement existé s’il n’a pas été posté sur les réseaux sociaux…

Quoiqu’il en soit, je savais pourquoi je me remettais en route ce matin, et sans avoir besoin de le partager numériquement. Dans cette quête, la deuxième voiture qui est passée devant moi a suffi, n’ayant pas le temps de poser les sacs à terre, ni le besoin de changer de véhicule.

Cette Américaine de passage et son cousin qui travaillait ici comme guide de rafting avaient beaucoup de choses à rattraper, ce qui m’a laissé tout le loisir de profiter de la Southern Scenic Route jusqu’à Te Anau, depuis l’arrière du van.

Des bords du lac Wakatipu à ceux du lac Te Anau, ce furent deux heures d’un trajet magnifique, passant au milieu de champs avec des milliers de moutons, puis entre les exploitations agricoles aux cultures et paysages plus verts. Sans doute l’impact d’une pluie plus récurrente…

Nous nous sommes donc séparés au bord du plus grand lac de l’île du Sud, après avoir laissé une trace de ma présence sous la forme d’une citation à la craie sur le plafond. C’était ma contribution à la nouvelle décoration voulue par le propriétaire. Je n’étais manifestement pas le premier à profiter de leur bienveillance…

Ici, j’ai pu observer une nouvelle façon de se déplacer, avec l’hydravion, et constater une fois de plus que le Néo-Zélandais aime se promener pieds nus, que ce soit en voiture, au supermarché ou dans la rue.

 

La Nouvelle-Zélande est très attachée à son patrimoine naturel, qu’il concerne les paysages ou la vie animale et végétale. Je me suis donc rendu au sanctuaire des oiseaux, où j’ai pu observer deux spécimens très rares : des Nestors superbes (kakas) et des takahes, ces derniers étant considérés comme des trésors par les Maoris de l’île du Sud.

 

Le lendemain, c’est une journée dans un des lieux les plus visités de Nouvelle-Zélande qui m’attendait : le Milford Sound, ou Piopiotahi. Ce fjord, situé dans la région du Southland, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et inclus dans le parc national de Fiordland, plus grande étendue protégée du pays.

C’est aussi une des zones les plus humides de la planète et notre chauffeur/guide n’a pas tardé à nous donner une idée de l’ampleur de la chose : on enregistre de la pluie deux cent quatre-vingt-dix jours par an.

Mais avant d’atteindre l’embarcadère, nous avons parcouru toute le chemin permettant de s’y rendre et profité des belles vues qu’il offrait, que ce soit depuis la vallée Eglington, les Mirror Lakes ou The Chasm. Le venison, cerf local, était l’animal particulier du coin.

 

Il s’est trouvé que plus nous nous approchions de la destination, plus les nuages étaient bas, comme retenus prisonniers par les montagnes l’entourant. Il faut dire que les parois qui entourent le fjord culminent à des altitudes impressionnantes, la plus grande étant celle du Mitre Peak qui, avec mille six cent quatre-vingt-douze mètres, est l’une des plus hautes montagnes à s’élever ainsi directement depuis le fond de l’océan. The Elephant et la Lion Mountain complètent le podium.

La croisière s’est déroulée au milieu de la bruine, ne nous permettant pas d’observer les fameux sommets, mais nous nous sommes rattrapés avec la faune, quand les dauphins ont fait leur apparition dans nos vagues ou entre les kayaks et les phoques ont montré leur museau, tranquillement installés sur des rochers.

 

De retour à Te Anau, je voulais randonner et je savais que l’endroit regorgeait de parcours. J’avais entendu parler du Kepler Track, l’un des neuf Great Walks, randonnées de plusieurs journées parcourant des espaces inédits et offrant des vues incroyables des deux îles.

A mon sens, cela s’apparentait à un gros coup de projecteur sur certaines pistes historiques, et cela drainait donc un lot considérable de gens voulant cocher une case sur leur liste des choses à faire. Le pendant de tout cela est qu’il fallait donc réserver, parfois plusieurs mois à l’avance, les seuls hébergements disponibles sur le chemin.

L’anticipation n’est pas mon fort, et la saison touristique battait toujours son plein. Je n’avais donc aucune chance de trouver les disponibilités et m’élancer pour un tour complet. J’ai donc pris l’option légère, celle qui prévoyait de parcourir une des étapes et de faire demi-tour à un moment pour revenir à l’endroit de départ.

Je me suis donc élancé, accueilli par un panneau signalant la présence possible de kiwis, ces oiseaux au long bec incapables de voler mais tellement représentatifs du pays qu’ils prêtent leur nom aux habitants de la Nouvelle-Zélande. Ils sont malheureusement tellement rares que je n’en ai pas vus, tout comme une bonne partie des Néo-Zélandais qui n’a jamais pu en voir de sa vie.

 

Une grande majorité de la montée s’est faite en sous-bois, dans un environnement très vert et parfaitement aménagé. L’humidité du Milford Sound pouvait se lire ici, que ce soit à travers la mousse sur les arbres ou ces grandes fougères. Il ne s’agissait pas de la fougère d’argent, autre grand symbole national, mais on en était très proche.

 

Après une ascension longue et sans trop de visibilité, j’ai enfin atteint la limite de la forêt et rejoint les versants dorés par le soleil. D’où j’étais, je ne voyais pas seulement un mais deux lacs : celui Manapouri, une quinzaine de kilomètres au loin, venait s’ajouter à celui Te Anau pour une vue équilibrée.

 

Une fois le gîte atteint, la pause déjeuner s’imposait, et j’ai tenté d’enregistrer au fond de moi ces images, ces conditions. Je n’étais pas assis sur un banc impersonnel, à manger un sandwich à grande vitesse pour pouvoir retourner m’occuper de la dernière urgence du jour.

J’étais au milieu de la nature, avec une vue imprenable et profitant de chaque seconde, de chaque bouchée, de chaque gorgée. L’hélicoptère qui s’est posé puis est reparti n’a pas suffi à troubler ma plénitude. La grotte voisine a tout juste apporté la fraicheur nécessaire pour pouvoir repartir en sens inverse, sous un soleil des grands jours.

 

C’est complètement éreinté que j’ai rejoint mon camping de base, après quelques trente-sept kilomètres et huit cent cinquante mètres de dénivelés positif et négatif. Il a bien fallu un bain dans le lac, une bonne douche et une pizza poulet et cranberries pour trouver la force de me blottir au fond du sac de couchage. Le lendemain s’annonçait de tout repos.

Alors que je me préparais à quitter les lieux, Lieke, Néerlandaise rencontrée auparavant, venait d’arriver dans le coin. Nous nous étions manqués sur cette étape et je pensais remonter vers le nord. Il a suffi de quelques personnes déjà présentes sur le lieu idéal d’autostop pour me faire changer d’avis.

Des opportunités comme celles-ci, qui ne peuvent se produire qu’en l’absence de programme ou de ticket de bus préalablement réservé, ne se manquent pas. Nous avons donc simplement pris la route du Milford Sound, pour la seconde fois pour ma part.

D’autres randonnées étaient parsemées le long de la vallée et nous avons opté pour le Key Summit. Nous avions seulement fait connaissance au lac Tekapo mais cela ne nous a pas empêchés de pleinement profiter de la journée, en toute confiance, comme si nous nous connaissions depuis des années. Magie du voyage et des rencontres…

Malheureusement, le sommet s’est avéré complètement obstrué par les nuages et en proie à un vent pour le moins frigorifiant. L’essentiel n’était pas là et l’expérience fut rafraîchissante. Nous avons même croisé Simon, rencontré à Queenstown, lors de notre montée. Petit monde, s’il en est.

 

Après une dernière soirée pleine de discussions et nuit au son des vagues du lac, j’ai finalement fait mon sac pour de bon, pour partir au nord et reprendre le cours de mon périple.