En route pour l'inconnu

Yogui autour du monde

Passage de frontière thaï-birmane, Hpa-An et le Rocher d’Or

Ambiance musicale : Hummingbird – Miss E

En ce matin d’août, j’ai atteint la limite de mon autorisation de séjour en Thaïlande. Je suis donc allé prendre le bus pour rejoindre Mae Sot, et traverser la frontière pour entrer en Birmanie.

Point de comptoir pour rejoindre cette destination, mais une femme pour vendre les tickets, assise parmi les voyageurs sur les bancs d’attente, que j’avais croisée deux jours plus tôt et qui m’avait simplement dit de revenir le jour où je voulais partir, « à neuf heures quinze ou dix heures quinze ».

Un peu d’appréhension donc, puisque rien n’était sécurisé pour ma sortie, mais tout allait se passer comme prévu. La route en minivan était très agréable et je vivais, sans le savoir, mes derniers instants de transport sans bosses, pour un long moment.

La sortie s’est faite sans problème, et j’ai observé pour la dernière fois cette façon qu’ont les officiers thaïlandais de porter leur uniforme de façon trop serrée.

Sur le pont de l’Amitié entre les 2 pays se déroulait un manège assez particulier, où les véhicules venant de Thaïlande (et donc roulant à gauche) devaient rejoindre la voie de droite, celle autorisée en Birmanie. L’inverse était évidemment également nécessaire et les voitures et camions se coupaient donc allègrement la route, tout cela étant bien encadré.

 

Arrivé à Myawaddy, mon premier contact avec les autorités locales s’est fait dans une petite cabane de quelques mètres carrés, enfumée par le principal occupant. Le passeport et le visa tamponnés, les photos prises, la pause toilettes effectuée ici-même, il ne restait plus qu’à se lancer à l’assaut de ce nouveau pays, et déjà, des premières négociations, taux de change et voiture partagée.

Le négociateur parlait un bon anglais et aurait été l’occasion d’un riche échange sur les quatre heures de trajet, mais c’est finalement son frère qui nous a emmené. Les paysages ressemblaient beaucoup à certains endroits du Laos, très verts, avec rizières et maisons sur pilotis.

Mais nous étions dans un pays bien différent, et le chemin pour nous rendre à Hpa-An, dans l’Etat Karen, allait nous en donner un bon aperçu.

 

En tout premier lieu, les hommes portent des longyi, pièce de tissu cylindrique nouée sur le devant, sans poches et où le smartphone (impossible de trouver un autre type de téléphone ici) se retrouve coincé au niveau de la taille. Il est assez intéressant de constater que cette mode vestimentaire se perpétue, même dans les villes, où la mondialisation tend à percer avec ses pantalons, en particulier en denim.

Le deuxième « choc » a résidé dans la chique de bétel. Une préparation à base de noix de bétel, de chaux, parfois de tabac, le tout enroulé dans une feuille de bétel, est mastiquée et conservée pendant un long moment dans la bouche pour ses effets stimulants. La noix colore la salive en rouge et donne lieu à des crachats vifs, bien visibles en pleine rue.

Se faire expliquer une destination, un menu ou mener une négociation avec une personne qui chique est tout à fait particulier, les possibilités d’articulation étant plus que réduites et la bouche de l’interlocuteur comme injectée de sang…

Les femmes, de leur côté, portent également le longyi (à merveille) et se couvrent le visage (et parfois les bras) de thanaka. Cette pâte de couleur blanche/jaune, produite en râpant le bois de thanaka avec de l’eau, sur une pierre circulaire, a diverses propriétés. En plus de sa fonction cosmétique, cette crème protège des brûlures du soleil, apporte un effet rafraichissant et aide à lutter contre l’acné.

Enfin, pour n’oublier personne, les enfants sont très souvent vêtus de vert en bas et blanc en haut, avec l’uniforme scolaire.

 

De nombreux péages sont installés sur les routes, et je ne savais pas toujours très bien s’il s’agissait de points de contrôle de l’armée ou de véritables collectes d’argent destinées aux routes, tant les voies de circulation étaient en mauvais état, souvent de la largeur d’une voiture. C’étaient bien sûr de faibles considérations pour les nombreux chauffeurs, très adeptes du klaxon et du dépassement, aussitôt le véhicule les précédant, atteint.

Je ne suis resté qu’une nuit à Hpa-An et suis reparti le lendemain. Aurélie devait me rejoindre deux jours plus tard dans la capitale, et le temps de transport et de visite ne me permettaient pas de faire les deux endroits que j’avais en tête.

J’ai abandonné cette partie pour pouvoir me rendre à Kyaikto puis Kyaiktiyo, en ayant tout de même le temps d’apprécier ma première pagode dorée, faire un tour au marché local et m’offrir une petite coupe de cheveux chronométrée (le bus partait dans une demi-heure, le coiffeur avait intégré cette contrainte).

 

C’est le Rocher d’Or que je voulais admirer dans cette deuxième localité, un rocher de six mètres de diamètre, posé en équilibre à mille deux cents mètres d’altitude, et qui tiendrait de la sorte uniquement grâce à un cheveu de Bouddha. Un petit stupa le couronne et les visiteurs, masculins uniquement, viennent le recouvrir de feuilles d’or. Les femmes y sont interdites d’accès.

La tradition, mêlée à la légende, en fait un haut lieu de pèlerinage pour tous les Birmans, bouddhistes à une énorme majorité, et le lieu attire donc un flot très important de monde. Pour y accéder, ce sont plusieurs camions, dotés de trop nombreux bancs pour la place disponible, qui se relaient pour affronter la route de montagne tout en creux et bosses.

 

Une fois arrivé en haut, le rocher doré était malheureusement dans le brouillard, n’offrant que peu de vues. Il était encore ensoleillé vu d’en bas mais la météo changea très vite. Quelques moines récitaient des prières pendant que quelques rares habitants du sommet jouaient quasiment tous à ce sport national, le chinlon. Il s’agit d’un jeu de jongles avec les pieds, où les joueurs en cercle se passent la balle en rotin et s’interdisent de la faire tomber.

 

 

Il était déjà temps de redescendre pour Kinpun, où mon lit d’auberge m’attendait. La pluie commençant à s’abattre avec fracas, les conditions sont devenues franchement apocalyptiques pour la descente, tout le monde s’étant couvert d’un vêtement de pluie de fortune. C’étaient de véritables montagnes russes où les gens criaient de peur, les mouvements du camion étant franchement inquiétants. J’assistai à cette scène avec le recul de l’étranger, complètement dépassé par les conditions locales.

Arrivé en bas, je suis allé prendre mon cinquième repas depuis mon arrivée, toujours sans aucune indication de prix. Il y avait parfois des menus, ou simplement un choix unique de curry et de ses accompagnements. Le prix est habituellement un critère de choix, mais ce ne semblait pas être le cas ici. Aucune mauvaise surprise n’est cependant venue entacher ce constat.

J’ai relevé une dernière particularité birmane ici : l’utilisation du temps et de la journée. Les journées se terminaient assez tôt, un peu après vingt et une heures, pour démarrer le lendemain très tôt, à partir de quatre heures et demi. Impossible d’y échapper : les haut-parleurs et leurs nombreux et bruyants appels aux dons réveillaient même ceux qui n’en avaient pas envie !

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  1. Guy

    Bonsoir, je suis l’amis de ton père Gérard Guy, nous avons passé la journée d’hier avec lui, et comme nous parlons de toi a chaque fois, je me permet de te faire un petit coucou, car je suit un peu ton grand et beau voyage.Bonne continuation et bonne route. Gérard et Martine

  2. Marilou

    Impressionnant le rocher!!

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