Ambiance musicale : Can’t tell me nothing – Kanye West

Pour cette dernière étape du Laos, je me suis rendu, toujours avec Mikel, à Luang Namtha, petite ville à seulement une trentaine de kilomètres de la frontière avec la Chine. Elle est réputée pour les treks organisés dans les alentours et les rencontres avec les ethnies minoritaires.

Ce sont surtout les Akha et les Hmongs qui peuplent les villages voisins. Le temps n’étant toujours pas avec nous, nous avons évité la randonnée. Et même en voulant leur rendre visite par nos propres moyens, nous n’en avons pas vu dans leur habitat propre.

Il fallait en fait attendre qu’ils viennent à nous. Ce fut le cas au marché de nuit, quand des femmes Akha sont venues proposer, avec beaucoup d’insistance, des bracelets et divers pièces d’artisanat. Devant nos nombreux refus, les vendeuses ne se sont pas démontées et nous ont invités à regarder ce qui était savamment caché au creux de leurs mains, sous les bijoux qu’elles vendaient.

De l’opium ! Même si nous nous rapprochions du Triangle d’Or, région montagneuse entre le Laos, la Birmanie et la Thaïlande et une des principales zones de production de cette drogue, cette première rencontre fut troublante. Proposé en plein marché, quasiment sans le cacher, il semblait normal de faire le tour des tables et des poches des touristes pour l’écouler. Nous n’étions pas intéressés le moins du monde et les dents de ces dealeuses, manifestement consommatrices, nous offraient la meilleure des préventions contre l’usage.

Le lendemain, nous nous sommes lancés dans une petite boucle à moto, pour visiter les environs. Tels de vaillants Laotiens, nous avons bravé toutes les difficultés que les chemins boueux pouvaient réserver. Un vrai passage de permis local ! Les garde-boues de la moto s’en souviennent encore…

Phoung, Namthoung, Namdi, aucun village n’a pu nous arrêter. Il faut dire que ces paysages de rizière, s’ils commençaient à devenir un peu plus communs après un certain temps en Asie du sud-est, gardaient toujours un attrait particulier…

 

Après avoir payé nos respects au Wat Samakeexay, temple en construction avec son stupa fraichement redoré, nous nous sommes mis en route le lendemain pour rejoindre la frontière à Huay Xai.

Première étape : rejoindre la gare routière. Pour cela, les taxis voulaient nous prendre le triple de ce qu’ils nous avaient demandé deux jours avant, pour le même trajet. Cela ne représentait pas une somme énorme dans l’absolu, mais ils profitaient de la situation. Echaudés par cet état de fait, nous avons alors tendu le pousse, pour voir comment cela fonctionnait.

Quelques minutes plus tard, un instituteur local nous ramassait et nous déposait juste à destination. Malheureusement, le bus était déjà plein et nous avions quatre heures d’attente pour le prochain. Cette première expérience nous avait donné des idées. Nous nous sommes donc mis à la sortie de la ville, sur une minuscule aire de stationnement, et avons griffonné la direction sur un carton, en alphabet latin et laotien.

Nous nous étions donnés une heure et demie de test, puis nous retournerions à la station prendre le bus si cela ne fonctionnait pas. Les quatre-vingt-cinq premières minutes ont été infructueuses, très peu de voitures partant de la ville, si ce n’est quelques camions transportant des marchandises ou des fermiers rizicoles sur leur lieu de travail.

Un véhicule quatre roues motrices s’est finalement arrêté dans le temps imparti et allait dans cette direction. Nous sommes donc montés à l’arrière du pick-up, amusés d’avoir réussi le coup. Un peu plus tard, la pluie a commencé à tomber, mais nos hôtes, pris de pitié, nous ont fait de la place à l’intérieur pour, au final, faire une grande partie des cent quatre-vingt-dix kilomètres avec tout le confort nécessaire.

 

Après les avoir remerciés pour le trajet avec une boite de fin thé chinois, chèrement acquise dans le pays en question, nous avons déjeuné et emmagasiné des forces pour le reste de notre trajet : nous ne voulions pas en rester là. Le passage de frontière étant toujours quelque chose de particulier, nous nous sommes remis en mouvement et, un tuk-tuk plus tard, nous arrivions du côté laotien, pour sortir du pays.

L’entrée ayant été quelque peu rocambolesque, une légère appréhension subsistait : nos papiers étaient-ils bien en règle ? Les officiers de l’immigration n’avaient-ils pas « oublié » un tampon ou une date qui nous auraient valu une amende à la sortie ? Nous avons échangé nos kips restants contre des bahts thaïlandais, puis nous sommes lancés…

Aucun problème ! L’entrée en Thaïlande s’est faite de la même façon, après un court trajet en navette, en zone internationale. Nous y étions ! Ne restait plus qu’à rejoindre Chiang Rai, en bus. A moins que le stop ne puisse nous y emmener… Péché capital de gourmandise !

Les quelques tests étant infructueux, et l’heure du dernier bus approchant, nous nous sommes résolus à l’option « standard ». Ce n’est qu’une fois les billets en poche, qu’un jeune Thaïlandais, qui venait de déposer des gens pour aller dans le sens du Laos, nous demanda où nous allions. Il retournait d’où il venait, notre destination.

Il était écrit quelque part que nous devions finir en stop. Il a fallu user de patience, d’argumentation et abandonner un peu de leur valeur au passage pour se faire rembourser les tickets supposés non-modifiables. Ainsi commencèrent les cent premiers kilomètres du périple dans ce nouveau pays…