Ambiance musicale : Despacito – Luis Fonsi

Nous sommes arrivés au petit matin sous une pluie battante, après une nuit dans le bus. Celui-ci était plutôt taillé pour les gabarits locaux et nous avons donc dû ruser (comprendre se contorsionner) pour faire rentrer deux personnes d’un mètre quatre-vingt sur une couchette de cent soixante-dix centimètres de long pour cent dix centimètres de large.

Sans avoir atteints la Thaïlande, c’est pourtant en tuk-tuk que nous avons rejoint notre hébergement. Il faut dire que nous n’en étions pas loin : le Mékong est la frontière naturelle et la capitale du Laos est sur sa rive gauche.

Devant autant d’enthousiasme météorologique, nous avons vaqué aux nécessités de voyage, avec des visites à l’ambassade de Birmanie pour les uns et Thaïlande pour l’autre. J’étais trop en avance pour obtenir mon laisser-passer birman, mais les documents étaient prêts pour l’obtenir plus tard, entre les photos d’identité retouchées par ordinateur et la photocopie de passeport effectuées au magasin d’à côté.

Nous nous sommes ensuite rendus au centre d’informations COPE (Cooperative Orthotic and Prosthetic Enterprise). Cette fondation fournit des membres artificiels, des chaises roulantes et de l’aide pour toutes les victimes des bombes qui recouvrent encore la surface du pays. Une guerre secrète s’est en effet déroulée en parallèle de la deuxième guerre d’Indochine (ou guerre du Vietnam).

 

Officiellement, le Laos était neutre, mais sa position géographiquement stratégique liait son destin à celui du pays voisin. Traversant le Laos depuis le nord du Vietnam, les sentiers de la piste Ho-Chi-Minh ont été créés pour ravitailler les troupes insurrectionnelles du sud, en guérilla contre le pouvoir gouvernemental et les troupes américaines. Le Laos était également incertain entre la tentation communiste (Pathet Lao) et capitaliste.

Comme des bataillons communistes s’étalaient sur tout l’est du pays, et en particulier la Plaine des Jarres, les Américains ont entrepris une intense guerre aérienne et follement pilonné le pays. Les chiffres officiels font état de cinq cent quatre-vingt mille sorties aériennes et de plus de deux millions de tonnes de bombes larguées, ce qui fait du Laos le pays le plus bombardé de l’histoire, par habitant. Entre 1964 et 1973, c’est donc l’équivalent d’un lâcher de bombes toutes les huit minutes, pendant neuf ans.

La guerre s’est terminée en 1973 mais les conséquences n’en finissent pas de se faire sentir. Certaines bombes utilisées par les Américains étaient programmées pour s’ouvrir à une certaine altitude et diffuser un peu moins de sept cents engins explosifs plus petits (les « bombies »), de quoi couvrir l’espace de trois terrains de football.

 

Plus de trente pour cent de ces bombies n’ont pas explosé au moment de leur impact, laissant le territoire couvert par près de quatre-vingt millions d’UXO (Unexploded Ordnance). Des efforts conséquents sont déployés pour décontaminer le pays mais on estime que travail ne sera pas terminé avant de nombreuses années, le Laos étant un pays pauvre et dépendant beaucoup de l’aide internationale.

La méthodologie a été changée récemment, pour recenser les zones les plus touchées (témoignages des habitants, plans de missions des avions), avertir (délimitation des zones à risque, pédagogie) et prioriser le travail de déminage. Cela a drastiquement amélioré l’efficacité des opérations.

En attendant, il continue d’y avoir une centaine de victimes par an dans les endroits les plus reculés, qui n’ont pas encore fait l’objet d’études, durant des activités de la vie quotidienne, comme le travail aux champs ou dans la forêt, la recherche de la ferraille pour en faire des ustensiles et les jeux.

 

Nous avons parcouru la ville en vélo lors de la deuxième journée. Pour une capitale, la ville n’est pas très étendue et son centre se résume à quelques axes. Nous avons visité quelques temples, chacun ayant sa petite caractéristique et c’est surtout Pha That Luang qui a retenu mon attention, pour plusieurs raisons.

Bien sûr, le stupa est visuellement impressionnant puisqu’intégralement doré. Sa forme est censée représenter un lotus en croissance, depuis une graine au fond d’un lac boueux jusqu’à une fleur jaillissant à la surface, comme une métaphore des étapes humaines de l’ignorance à l’illumination dans le bouddhisme.

 

Mais c’est aussi ici que nous avons tenu une longue discussion avec des moines. Comme au Cambodge, beaucoup de garçons rentrent plus ou moins brièvement dans l’ordre à un moment de leur vie, soit après les études et avant de rentrer dans la vie active, soit au moment des études.

Les temples, concentrés dans les villes, attirent des gens d’environs lointains qui ont souvent peu de perspectives différentes de celles de la vie de la ferme. Ils offrent un logement et permettent d’étudier les langues ou d’autres matières en plus de l’enseignement du bouddhisme. Ainsi, ces adolescents ne sont plus tout à fait à la charge de la famille pendant un temps et développent des compétences.

Dans le cas de notre rencontre, l’un voulait retourner à Paksé pour travailler dans le tourisme et un autre s’en irait à Champassak pour être ingénieur. L’échange était passionnant, parlant de nos modes de vie, de nos activités et même de religion. L’un d’eux nous expliqua qu’il était en train de lire la Bible et nous a demandé quelques explications. Cet exercice de prise de recul s’est avéré assez difficile : le culte n’occupe définitivement pas la même place dans nos vies respectives !

Nous sommes arrivés à la conclusion que les deux religions se ressemblaient beaucoup, chacune avec un jugement d’après-vie et la promesse d’un bel avenir au paradis, ou d’une fin misérable en enfer. Le bouddhisme permet cependant d’essayer de changer sa destination à travers la réincarnation.

 

Après avoir testé nos connaissances en termes de drapeaux au Gong pour la Paix dans le Monde et admiré Patuxai qu’on décrit comme l’Arc de Triomphe de Vientiane, nous avons testé le massage laotien. Avec une utilisation très prononcée du bout des doigts et l’enfoncement profond dans le corps, j’ai oscillé entre des moments de détente et d’autres de parfait inconfort. Une expérience à renouveler pour en savoir plus, dans un pur esprit scientifique…